Trésor n°7 – Cape Coast et son fort négrier

Cela fait maintenant un long moment que nous n’avons pas partagé nos aventures avec vous et nous nous en excusons. Les connections internet ne se trouvent pas toujours facilement et cela fait maintenant plusieurs jours que nous sommes sur la route et n’avons pu vous communiquer de nouvelles.

Depuis Keta, nous avons bien avancé. Nous sommes notamment passés par Cape Coast où nous avons pu redécouvrir un pan de l’histoire : le commerce d’esclaves. Cet article n’aura donc pas pour but de vous faire rire ou vous divertir, mais nous souhaitions partager avec vous ce que nous avons pu découvrir historiquement.

L’Afrique de l’ouest était au coeur de la traite négrière. C’est dans le golfe de Guinée (de la Guinée au Congo) que venaient s’approvisionner les bateaux européens en esclaves noirs.
Nous avons donc découvert qu’une quinzaine de forts sont encore érigés le long de la côte ghanéenne sur un total de 40 sur la Gold Coast. Ils sont des lieux de mémoire et d’histoire du commerce triangulaire. Le territoire du Ghana était au centre de ce commerce. Les royaumes africains côtiers « chassaient » des peuples d’Afrique subsaharienne, plus au nord et les revendaient aux bateaux négriers européens contre des marchandises. Ceux-ci vendaient les esclaves aux plantations américaines en échange de cacao, café, rhum ou coton, qu’ils revendaient ensuite en Europe. Mais il faut également savoir que la déportation d’esclaves existait déjà depuis longtemps en Afrique. Notre guide, lors de la visite du fort, a commencé par nous indiquer que les populations africaines ne pouvaient pas nier leur implication dans cette traite et qu’ils en sont en partie responsables. Cette déportation était orchestrée par les Arabes, les esclaves d’Afrique subsaharienne étaient emmenés en caravane à travers le Sahara à destination de toutes les villes de l’orient. Mais les conditions difficiles de transport limitaient l’impact de cet esclavagisme. C’est quelques années plus tard, avec l’arrivée des européens sur la côte que les forts se sont rapidement construits et que la traite s’est intensifiée. Le fort de Cape Coast a vu le jour en 1665.

Le fort de Cape Coast

Le fort de Cape Coast

Les forts étaient des lieux de stockage de marchandises et d’esclaves avant d’être envoyés vers d’autres pays par bateau. Les conditions de détention étaient abominables. Voici donc ce que le guide nous a raconté :
Les hommes étaient au nombre de 1000 maximum dans les sous-sols du fort, les femmes au nombre de 300. Elles étaient beaucoup moins nombreuses car les besoins en main d’oeuvre dans les plantations étaient plus importants.
Cinq pièces d’environ 50m² contenaient chacune 200 hommes. Les esclaves restaient généralement emprisonnés 3 mois dans ces lieux sombres. Certains perdaient la vue en revenant à la surface. Ils n’avaient d’autres moyens que de faire leurs besoins, manger et vomir sur le sol. Ils ne pouvaient pas se laver. Ils étaient nourris 2 fois par jour avec pour seul objectif de les maintenir en vie. Les esclaves étaient lavés seulement au moment de la vente aux enchères. Pour faciliter leur identification, ils étaient tatoués à leur arrivée pour les classer par catégories (forts, faibles, etc.).
A l’issu de la vente, les esclaves passaient par une porte nommée « la porte de non-retour ». Ils l’empruntaient pour monter à bord d’une embarcation qui les conduisait jusqu’au bateau. Cette porte était nommée ainsi car ces hommes et femmes étaient destinés à ne jamais revenir dans leur pays.

A l’abolition de l’esclavage et de l’activité initiale du fort, les ghanéens décidèrent d’inscrire au dos de cette porte : « The door of return », pour briser symboliquement ce système.

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The door of return

The door of return

Les châtiments infligés
En cas de rébellion ou désapprobation (ex. refus d’une femme aux avances qui lui sont faites), les esclaves subissaient de graves corrections.
Les femmes étaient enfermées dans un cachot avec seulement 1 repas par jour. Elles y étaient abusées sexuellement pendant 7 à 10 jours.
Quant aux hommes, ils étaient envoyés dans la cellule des condamnés. Une dizaine d’hommes pouvaient être enchainés sans eau, sans air, sans lumière ni nourriture pendant 3 jours. Beaucoup succombaient. Les survivants devaient raconter aux autres ce qu’il s’était passé pour dissuader les autres.

Nous avons également visité un autre fort sur la côte, celui d’Elmina. C’est le plus ancien fort de la côte, construit en 1482. Les châtiments infligés dans celui-ci étaient encore différents. Les femmes étaient enchaînées à un boulet au milieu de la cour, sans eau, ni nourriture. L’objectif était de leur faire peur et de les dissuader de recommencer.
Les hommes étaient également enfermés dans la cellule des condamnés, sans eau ni nourriture, mais cette fois ci jusqu’à ce que mort s’en suive. Personne n’est donc jamais ressorti vivant de cette cellule.

Ces forts ont eu bien d’autres utilisations depuis (écoles, musées, etc.). A ce jour, ils sont inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO et servent au devoir de mémoire.

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Cape Coast, sa plage et son fort

Cape Coast, sa plage et son fort

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3 commentaires

  1. Marine, tu te souviens que nous étions allées voir à Nantes l’espace sur l’esclavage et son histoire !! voilà maintenant tu es sur le lieu 😉 merci pour le récit de leur histoire…

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